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Saviez-vous que la Belgique possède trois langues officielles ? Le néerlandais, le français et l’allemand.

Lors de la proclamation de l’indépendance de la Belgique en 1830, ni le français ni le néerlandais standard n’étaient les langues de la majorité de la population. Le peuple parlait alors surtout des langues régionales et locales. Au Nord, il s’agissait de langues bas-franciques : le flamand occidental, le flamand oriental, le brabançon et le limbourgeois. Alors qu’au Sud, il s’agissait des langues d’oïl : le wallon (majoritaire), le picard, le lorrain gaumais et le champenois sugnysien. Finalement, au Sud-Est, une zone moyen francique (ou allemande) comprenait du Nord au Sud le francique rhéno-mosan, le francique ripuaire, le francique mosellan et le luxembourgeois.

AGESTRAD 2018-03-02 Article blog - Belgique

La plupart de ces parlers n’étaient pas encore fixés et comportaient de grandes différences phonétiques et lexicales entre les variétés dialectales locales. C’était donc le cas pour le wallon dans l’actuelle Wallonie et le flamand dans l’actuelle Flandre, fragmentés en de nombreuses variétés locales. Mais de façon générale, ces parlers étaient méprisés au profit d’une langue véhiculaire : le français.

À ce moment-là, la ville de Bruxelles comptait environ 15 % de francophones : il s’agissait, comme dans toutes les autres villes de Flandre, des classes aisées de la population et d’une petite minorité de français immigrés.

Progressivement, le français gagna davantage d’importance dans le sud du pays et le néerlandais dans le nord. Les provinces néerlandophones se sont vues attribuer le nom de Flandre, et les provinces francophones le nom de Wallonie.

Quant à l’allemand, en 1919, lors de la signature du Traité de Versailles, la Belgique annexa des territoires appartenant jusqu’alors à la Prusse, dont la Wallonie malmédienne (qui avait lutté contre son assimilation à l’Allemagne) mais également les villes d’Eupen et de Saint-Vith. Dans cette zone, la langue allemande a été conservée.

Au cours des XIXe et XXe siècles, Bruxelles, qui était quasiment entièrement néerlandophone, est devenue une ville bilingue, voire multilingue, avec le français comme langue majoritaire et véhiculaire. Ce changement de situation s’explique avant tout par la conversion linguistique de la population néerlandophone au cours des générations. La raison principale fut l’attrait que représentait à l’époque le français comme langue de haute culture et des échanges internationaux.

Le français était alors la langue officielle de la Belgique. Mais par étapes successives, les défenseurs du néerlandais réussirent à imposer l’introduction de leur langue dans la vie officielle du pays. En effet, en 1873, le bilinguisme dans le royaume de Belgique a été reconnu sur le plan juridique. Après 1919, la majorité des Flamands souhaitèrent que le néerlandais fût utilisé dans l’administration, la justice, l’armée, l’enseignement primaire et secondaire, ainsi que dans les universités. C’est ce qu’on appelle le « Programme minimum flamand ». De là fut établit un compromis entre les Wallons et les Flamands : tracer une frontière linguistique à partir des pratiques linguistiques des habitants. La loi du 31 juillet 1921 mit alors les deux langues sur un pied d’égalité et réglementait l’usage des langues dans l’administration communales, provinciale, ainsi que dans l’administration centrale de l’État. Elle reconnaissait également l’unilinguisme régional en créant trois régions linguistiques (alors que la frontière linguistique n’avait pas encore été établie) :

  • La partie flamande au nord (où le français pouvait être utilisé à certaines conditions) ;
  • La partie française au sud (sans le néerlandais) ;
  • La partie bilingue (Bruxelles).

La loi du 28 juin 1932 annonçait le français et le néerlandais comme les deux langues co-officielles de l’État belge. Et finalement, la frontière linguistique fut fixée avec la loi du 8 novembre 1962.

Le principe de la séparation territoriale des langues est maintenant scellé par la partition du pays en quatre zones ou régions linguistiques. La Belgique compte aujourd’hui trois langues officielles: le néerlandais, le français et l’allemand.

 

Mathilde Job

AGESTRAD Pourquoi le ciel russe est-il plus bleu ?

                         Pourquoi le ciel russe est-il plus bleu ?

 

Comment la langue façonne notre monde et donc, notre personnalité.

 

La langue nous ouvre des portes. Sans faire référence aux célèbres « portes de l’avenir » dans le monde du travail, marqué par la mondialisation, il s’agit d’une clé universelle pour tout type de communication. Grâce à elle, nous nous exprimons, décrivons le monde tel que nous le voyons et critiquons ou soutenons ses propriétés singulières. Nous sommes ce que nous affirmons.

Un anglais pense-t-il différemment qu’un russe ?

La pensée est clairement influencée par la langue utilisée. Ses limites (en termes de lexique et de grammaire), bien souvent représentent également les limites de sa perception du monde. Une étude réalisée en 2007 aux États-Unis a confirmé cette vision d’un univers plus ou moins coloré, dépendant de la langue qui le décrit. Vingt-six personnes russes et vingt-quatre anglaises ont été interrogées et examinées et il semblerait que le ciel de Russie soit littéralement plus bleu que celui d’Angleterre. Les Anglais utilisent des adjectifs pour décrire les différents tons de bleu (« lighter blue », « darker blue »), tandis que les Russes disposent de propres substantifs (« goluboy » et « siniy »). Par conséquent, ils les classent également en deux catégories linguistiques distinctes.

 

Les conséquences d’un tel procédé apparaissent aussitôt : la distinction entre les différents tons de bleu est visiblement plus simple pour un natif russe. Les Russes résolvent des problèmes plus rapidement que les Anglais. Il semble que leur vue, et par conséquent, également leur capacité perceptive, s’est accentuée grâce à l’utilisation de la langue russe. Mais est-ce que cela signifie que les Allemands, Espagnols ou les Japonais sont tous daltoniens ?

 

Élément culturel

« Nous sommes ce que nous affirmons » n’est pas une supposition inventée car il a été prouvé que la langue influence notre manière de penser ainsi que notre personnalité : l’estime de soi varie selon la langue utilisée.

 

Michele Koven et Susan Ervin démontrent ce sujet de manière indépendante dans leur enquête mais en ayant recours à des méthodes similaires. Lors d’une conversation avec des personnes bilingues (français/portugais et français/japonais), les réponses à une même question varient selon la langue choisie comme moyen de communication. Par exemple, lorsque les personnes se décrivent, elles énoncent des caractéristiques personnelles différentes dépendant elles-mêmes des caractéristiques prédominantes dans les cultures distinctes.

 

De nombreuses réflexions critiques s’appuient sur ce facteur culturel. La langue, mais également ce qui l’entoure, modifie notre perception. Les circonstances dans lesquelles nous apprenons une langue ont une incidence sur l’estime de soi des locuteurs dans ce domaine linguistique. Le domaine géographique ou le mode de vie définit la nécessité de nommer des aspects spécifiques comme les variations du bleu, mais n’empêche pas leur perception. Le fait de parler une seule langue ne nous rend pas daltoniens et ne nous ferme pas des portes. Être bilingue ne nous permet pas non plus d’avoir une personnalité multiple. Nous nous adaptons simplement à notre environnement car après tout, c’est ce qu’est l’être humain : un produit de l’évolution.

 

 

Traduit par Vienna Pezzuto